Carnet de route du Tour du Mont-Lozère

Grâce à la route, je me suis mis en marche, grâce à la marche, je me maintiens en mouvement et, paradoxalement, c’est quand j’avance, devant moi, que tout s’arrête : le temps et l’obscure inquiétude de ne pas le maîtriser.

Petit traité sur l’immensité du monde, Sylvain  TESSON

Pourquoi ce trek ? Il est vrai que nous sommes loin des Alpes. Loin des séracs qui craquent, des crêtes tranchantes et des sommets infernaux. Moins haut, moins raide, moins technique et pourtant… pas moins beau. La Lozère est le département dont l’altitude moyenne habitable est la plus élevée de France (1100m), avec une démographie comparable aux régions tribales de l’Afghanistan.

Perché au sud du Massif central, ce désert humain est de ces lieux mystérieux qui donnent envie de partir à l’aventure.  Il ne s’agit pas d’adrénaline, mais plutôt de quiétude et d’isolement savoureux dans une nature d’une remarquable beauté. C’est donc tout naturellement que j’ai eu envie de parcourir la Lozère à pied. Tout ce que l’on vit ne peut nous être retiré.

Avertissement: Cet article est un journal de marche non un guide officiel de randonnée. En conséquence, vous restez les seuls responsables de votre itinéraire et de vos choix. Ne vous mettez pas en danger, ne vous surestimez pas, vérifiez la météo et préparez vos étapes à l’aide de documents adaptés (Cartes IGN et topoguides à jour).

Avant-propos: Contrairement aux précédents carnets, je vais détailler plus précisément le choix et l’usage de mon matériel ainsi que certaines astuces de la randonnée en bivouac. Je n’ai pas du tout la prétention de rédiger un guide de survie, mais uniquement de répondre ou d’anticiper les questions que je reçois régulièrement par e-mail. J’enfoncerai parfois des portes ouvertes, il faudra donc pour les aventuriers aguerris, lire en diagonale.

Le parcours

Le parcours

Ce trek a été réalisé en boucle, en suivant l’itinéraire du « Tour du Mont-Lozère ». Le GR (68) s’étend sur 117km et démarre, selon l’usage, de Villefort. Le sentier ne présente pas de difficulté particulière et est très bien balisé. En souplesse, il permet de découvrir l’extraordinaire patrimoine naturel du parc des Cévennes. Aussi, il peut être emprunté du printemps à l’automne, à condition d’adapter le matériel à la météo.

Par choix personnel, j’ai effectué ce trek seul, en bivouac et en autonomie en m’imposant  4 règles :

  1. N’avoir recours à l’argent sous aucun prétexte.
  2. Parcourir la boucle rapidement pour rendre l’aventure sportive.
  3. Ne pas utiliser de GPS, mais uniquement une carte et une boussole.
  4. N’utiliser le smartphone qu’en cas d’extrême nécessité.

J – 1 :

Lorsque l’on part à l’aventure, elle commence toujours avant le vrai départ. Pourquoi ? Parce qu’il faut préparer le matériel et faire les bons choix. Ainsi, notre esprit imagine déjà ce que sera le trek. Pour ma part, je me surprends souvent à marcher en rond en m’imaginant dans la montagne. La veille du départ, j’étale dans mon salon toutes les affaires dont je vais avoir besoin. Méthodiquement, je vérifie qu’il ne me manque rien. Je pars des pieds : «Chassures ? OK. Chaussettes ? OK » et je remonte jusqu’au bonnet en passant par les gants. Tout ce que j’emporte est soumis au test de la balance de cuisine et même si je ne suis pas un vrai adepte de la marche ultralégère (MUL), je me considère tout de même comme un marcheur qui emporte un poids « modéré ». Aussi, je ne me prive pas de certains gestes simples qui mis bout à bout, peuvent diminuer considérablement le poids d’un sac à dos.
La marche ultra légère (MUL) est une manière d’appréhender la randonnée. L’idée est de minimiser le poids de l’équipement transporté en respectant plusieurs grands principes. La première chose à faire pour alléger un sac (et la plus évidente), c’est tout simplement de supprimer tous les objets superflus. Dans son livre « WILD », Cheryl Strayed raconte la difficulté qu’elle a eue à porter son sac à dos, « Monster ». Inexpérimentée et mal conseillée, elle a embarqué sur le Pacifique Crest Trail une avalanche d’objets inutiles et encombrants : scie pliante, jumelle, flash, déodorant, rasoirs…
Pour pratiquer la MUL, il faut savoir ce qui est essentiel et s’en contenter. Lorsque cela est fait, on peut appliquer le second principe en essayant de trouver plusieurs fonctions à un même objet. Par exemple, une moustiquaire de tête peut faire une très bonne fleur de douche quand une serviette en fibre permet de filtrer l’eau (j’ai dit filtrer, pas purifier). De même, un poncho et des bâtons de marche peuvent servir à constituer un abri bien plus léger qu’une tente. Enfin, lorsque la liste du matériel est optimale, on peut commencer à alléger chaque objet. Ainsi, la MUL passe inévitablement par le choix et l’achat d’équipements ultralégers : tente ultralégère, réchaud miniature, vêtements softshell… mais aussi par la modification des objets: manche de la brosse à dents coupé, armatures du sac à dos remplacé par le tapis de sol, lui-même retaillé, etc. Ainsi, il faut avoir en tête qu’un gramme est un gramme et qu’il n’y a pas de petites économies.
On comprend alors que la MUL est un cercle vertueux. En effet, si l’équipement est léger alors je n’ai plus besoin d’armature en métal ni de renforts dans mon sac à dos. Puisque tout s’allège, je vais plus vite, je dépense moins de calories et je me déshydrate moins. J’emporte donc moins d’eau, moins de barres, moins de lyophilisés, donc moins de gourdes, etc., etc.  À l’inverse, plus mon chargement est lourd, plus le poids de mon sac augmente, plus j’emporte de nourriture…Bien sûr, il ne s’agit pas de devenir marcheur MUL en un jour ! Pour y arriver il faut commencer par faire après chaque trek, la liste de ce que l’on a pas utilisé et se demander si l’on ne pourrait pas l’enlever du sac la prochaine fois. « On dispose de tout ce qu’il faut lorsque l’on organise sa vie autour de l’idée de ne rien posséder. » S. Tesson, Dans les forêts de Sibérie.
J’ai choisi d’utiliser encore une fois mon sac Millet Ubic 50 (+10). Ce sac de très bonne qualité permet d’emporter une charge conséquente sans s’abimer le dos. De plus il est déperlant et très fonctionnel. Enfin, je le connais par cœur. Je sais exactement comment l’agencer et chaque chose est à sa place. J’y trouverai n’importe quoi dans le noir ! Cependant, ce n’est pas un sac MUL puisqu’il pèse 1820g. Toutefois, cela reste l’un des plus légers dans la catégorie « camion ».
En bas du sac à dos, je range tout ce qui rentre dans la catégorie « couchage ». Ma tente est une Vaude Ultralight HOOGAN 2 places (1700g) que j’allège un peu (1500g), en ne prenant qu’un minimum de sardines et et en enlevant les différentes pochettes. Si ses performances en terme d’étanchéité en font une tente « 3 saisons » voir même « 3 et demie », le tapis de sol est plus fragile que sur les tentes classiques. Il faut donc veiller à ne pas bivouaquer sur un sol trop caillouteux, bien qu’il soit possible d’utiliser des tapis de protection ou mieux encore : la  couverture de survie (un objet, deux fonctions, vous vous rappelez ?). Mon tapis de sol est un tapis mousse de chez D4 recoupé juste sous le niveau de la hanche pour gagner en poids et en encombrement. Lorsque les températures sont clémentes, je ne l’emporte pas. En revanche, il me permet de m’isoler du sol lorsqu’il fait froid. Mon duvet est un Blue Kazoo de The North Face. Il faut savoir qu’il existe deux grands types de duvets : en plume et en synthétique. La plume permet généralement d’atteindre des performances d’isolation très élevées. Le matériau reste toutefois léger et surtout hautement compressible. En revanche, le duvet naturel craint l’humidité et ne se lave pas en machine. Pour le nettoyer, il faudra le déposer dans un pressing de qualité. Ainsi, un sac en duvet est fragile même lorsque la couche extérieure est en nylon hydrofuge. Il faut donc le chouchouter sur le terrain, en évitant de le mouiller ou de le rouler dans la boue. Si nécessaire, on peut envisager d’utiliser un sursac Goretex. Le duvet synthétique, quant à lui, est généralement moins isolant que la plume. En revanche, il passe en machine, sèche très vite, et se prête volontiers aux bivouacs les plus rustiques. Enfin, il est souvent plus économique. Pour ma part, j’utilise un duvet synthétique ultralight l’été un duvet naturel lorsqu’il fait froid. Mon Blue Kazoo est un duvet en plume d’oie emballé dans du nylon hydrofuge afin du lutter contre l’humidité. Les températures d’utilisation conseillées sont comprises entre -10°C et 5°C. S’il fait plus froid, il reste efficace à condition de s’habiller. S’il fait plus chaud, il suffit de le laisser ouvert. Il se compresse bien au fond du sac, m’a toujours tenu au chaud et dispose d’un gonflant très confortable.
Lorsqu’on choisit un sac de couchage, il faut faire attention aux températures d’utilisation. En effet, ces températures sont aux duvets ce que sont les mégapixels aux  appareils photo : un attrape touriste. Sans m’attarder trop longtemps sur ce point, j’ai eu des duvets « extrêmes» censés permettre de dormir dans un congélateur (Coucou Quechua, Coucou Mckinley, c’est de vous qu’on parle) et résultat, j’ai toujours eu froid. Ainsi, d’autres critères entrent en compte tels que le cloisonnement du garnissage, la qualité du matériau isolant, la qualité de l’enveloppe… Il faut également garder à l’esprit que c’est notre corps qui produit la chaleur dans le sac. L’une des techniques pour passer une bonne nuit est donc d’entrer bien chaud dans le duvet, en faisant quelques flexions ou en buvant un thé avant de se coucher. Dans son livre, Conquérant de l’Impossible., Mike Horn explique qu’il fabrique des bouillottes remplies de sa propre urine afin de résister aux températures du pôle Nord… aux conditions extrêmes des solutions extrêmes ! Toutefois, si vous êtes en légère hypothermie, très fatigué, sous-alimenté ou encore malade vous aurez froid quoique vous fassiez. Enfin, comme je ne veux pas salir mon sac, j’utilise un drap en soie D4 que je pourrai laver à la fin du trek. Évidemment, je ne prends pas la housse.
Plus haut dans le sac, je range tout ce qui entre dans la catégorie « alimentation » à l’exception des barres de céréales qui doivent rester faciles d’accès. Mon réchaud est un Primus Express Stove, que l’on peut trouver à D4. Petit, mais costaud, il pèse 82g, est compatible toutes cartouches, fait la taille d’un briquet, mais chauffe comme un lance-flamme. Il est vendu avec une housse de rangement que je n’emporte pas. J’ajoute également une réserve de gaz de 100g. Je prends également mon quart en alu (50 cl), lourd et peu ergonomique, mais plus économique qu’une tasse en titane à 45 €. Pour les couverts, je choisis une fourchette légère en alu et un couteau suisse. Certains jurent par l’opinel, d’autres par le couteau de chasse, d’autres par le couteau ultralight… Pour ma part je considère que la lame du couteau suisse coupe suffisamment si on reste dans le domaine de la rando et non de la survie. De plus, le ciseau est très utile pour soigner les petites blessures éventuelles. Comme je ne pourrai pas acheter de nourriture du fait de la règle n°2, je dois emporter toute ma nourriture. Aussi, je fais le choix du lyophilisé. Cela me permettra d’emporter des vivres pour l’ensemble du parcours en minimisant le poids.  Pour le matin, muesli au chocolat. Pour le déjeuner et le dîner, j’alternerai trois menus : pâtes bolognaises, saucisses-lentilles et hachis parmentier. Je prévois 9 sachets soit 1.2 kg tout compris. En complément, j’ai avec moi 6 barres de céréales. Côté hydratation, j’organiserai ma consommation  autour du schéma suivant : 1.5 l d’eau dans un Camelback de la marque Camelback (longtemps imité, jamais égalé) que je consommerai en marchant. Trois bidons Salomon Softflask de 50 cl, soit un bidon vide à remplir sur les portions sans ravitaillement, 2x 30 cl  pour hydrater mes repas du midi et du soir, 20 cl pour hydrater le petit déjeuner et 20 cl pour boire un thé juste avant de me glisser dans mon duvet. Ainsi, en cas de besoin je pourrai transporter un peu plus de 3,5 l d’eau en gonflant le Camelback à 2,2l et en remplissant les trois bidons.
Toujours plus haut dans le sac, je place la trousse hygiène/pharmacie. Comme je sais que le trek sera court, je prévois peu de matériel.  J’emporte un morceau d’elastoplast, un morceau de pansement en bande et une fiole miniature de désinfectant. Personnellement, je trouve les pansements seconde peau totalement inefficaces et je n’en utilise pas. Je prends également trois cachets contre les maux de ventre. Côté hygiène, j’emporte une brosse à dent manche coupé, un tube de dentifrice miniature, 30g de savon de Marseille, 6 lingettes et une serviette en fibre miniature. J’aurais pu ajouter un aspi-venin, du doliprane, ou encore une bande de strappings… mais je ne compte pas me faire mordre par un serpent (j’y reviendrai), ni avoir la gueule de bois, ni devenir kiné sur le sentier.
Je prends également un peu d’électronique : mon appareil photo numérique hybride (entre le réflexe et le compact), un smartphone et un Petzl Tikka RXP. Cette frontale est assez puissante (215 lumens) et adapte l’intensité lumineuse à l’environnement. Dans les petits espaces, où la lumière se réfléchie, elle n’éclaire pas beaucoup plus qu’une bougie chauffe plat. En revanche, elle se transforme en phare sur une large piste. Ce petit gadget est très agréable, notamment pour les courses nocturnes (Coucou la Saintélyon, c’est de toi qu’on parle). De plus, il permet d’avoir une autonomie d’une dizaine d’heures. Pour recharger tout ça, j’emporte une batterie externe Tecknet PowerBank de 15maH. Elle est BEAUCOUP TROP LOURDE (280g). En revanche, elle me permettra de recharger mon téléphone, mon appareil photo et ma Petzl, et ce plusieurs fois. Puisque je suis seul, je dois impérativement avoir de la batterie pour demander du secours en cas d’urgence.
Côté textile, j’ai la panoplie classique. Pour la tête, j’utilise un Buff, c’est-à-dire un tube en tissu technique antibactérien qui sèche très vite. Il peut être utilisé comme bonnet, bandeau, cagoule ou encore comme écharpe. Pour le haut du corps, je respecte le système 3 couches. À l’extérieur, une veste en HyVent de chez Northface. Elle permettra de me protéger du vent tout en étant imperméable. En couche intermédiaire, j’utilise une polaire softshell Salomon. Légère, chaude et technique, c’est un excellent compromis. Enfin, je porte un t-shirt Icebreaker en mérinos. Ce matériau est très utilisé dans le milieu outoor. En effet, il est performant sur le plan thermique tout en étant antibactérien. En d’autres termes, si vous le faites sécher tous les soirs votre t-shirt sentira encore la lessive après une semaine d’utilisation.  Enfin, j’emporte une bonne paire de gants Extremities.
Pour les jambes j’utilise un pantalon coupe-vent et déperlant de chez D4. Je l’ai mis à l’épreuve sur des sorties hivernales en montagne, il ne m’a jamais déçu. Sous le pantalon, un collant de course à pied. Côté sous-vêtements, un boxer « sport » de chez DIM qui évite les frottements et une paire de chaussettes Montet. Enfin, pour me porter sur les 117 km, une ancienne paire de Speedcross Salomon trop usée pour courir. De plus en plus de personnes randonnent en chaussures de trail, et je les comprends. Beaucoup plus confortables, beaucoup plus légères, beaucoup plus respirantes, beaucoup plus agiles, mais malheureusement beaucoup plus sournoises ! À éviter si vous avez les chevilles fragiles.
Cette configuration « protection maximale » sera évidemment modulable selon la météo. Je songe d’ailleurs à Mike Horn qui considère que tout équipement est un outil servant non pas à se protéger de la nature, mais au contraire à s’y émerger encore plus.
Enfin, toutes mes affaires sont rangées dans des sacs congélation à double zip. Ceci permet de compartimenter le sac et ainsi de le vider/ranger très rapidement. De plus, cette astuce permet de compresser les textiles, de gagner du volume et de protéger le matériel de l’humidité.

J0 :

10km
440 D+

Mon sac est prêt et je roule vers la Lozère en sortant du travail. J’arrive finalement à la gare de Villefort vers 20h00 et il fait nuit noire. Je tourne alors le dos à ma voiture et m’engage sur le GR. Ça y est, je démarre une nouvelle aventure et paradoxalement, je m’éloigne de mon objectif qui se trouve à peine 10m derrière moi ! La frontale vissée sur le front, je rentre dans un petit bois et le sentier grimpe jusqu’à un petit col (750m). Il n’y a pas un son, pas même le bruit d’animaux qui s’enfuient dans la broussaille. J’aime la solitude, découvrir par moi-même, me sentir libre de m’arrêter, de repartir, d’accélérer ou de ralentir.
« C’est fou ce que l’homme accapare l’attention de l’homme. La présence des autres affadit le monde. La solitude est cette conquête qui vous rend jouissance des choses ».  Dans les forêts de Sibérie. S Tesson

Col du Montat

Col du Montat

Comme il fait bon, j’enlève la polaire et ne garde que le coupe-vent puis je poursuis ma route. Le chemin s’élargit un peu et devient une large piste qui se glisse à travers les bois. Je n’ai pas prévu de point de bivouac, l’objectif de ce soir étant simplement de m’engager un peu sur le sentier. Mais je trouve l’ambiance grisante et je finis par arriver au hameau du Montat. Il n’y a que deux ou trois bâtisses de vielles pierres et je l’ambiance nocturne me donne envie de continuer. La piste, la « route Vielle » file plein ouest. Au moins, le suivi de cap est très simple et on ne risque pas de se tromper ! Je gagne ensuite un second hameau, Rabeyral, avant d’arriver plus loin à l’Habitarelle. Alors que je longe les murs de pierre d’une vieille bâtisse, je croise le regard de l’un des occupants à travers la vitre. Son étonnement est palpable et il me désigne aux autres convives en souriant. Je leur fais signe et je continue de marcher le long du GR qui suit désormais une route.

Chapelle

Chapelle

Par sécurité, je la longe à contresens, mais je ne croise pas une voiture. La nuit avançant, je commence à chercher une zone de bivouac. Mais le chemin ne s’y prête pas, car il traverse désormais une forêt très pentue. Lorsque je franchis un ruisseau je comprends en lisant ma carte que je me trouve sur le pont qui franchit le Lieyros. Sans surprise, j’arrive à Villespasses quelques minutes plus tard. Cette fois encore, il n’y a que quelques bâtisses et je m’engage dans une ruelle minuscule aux allures de tranchée. Ici et là, des vélos, des jouets d’enfants que personne ne songerait à voler. Soudain, des aboiements plutôt féroces résonnent et un chien fond sur moi. Encore un peu et il prenait une prolongation couchette. Mais il est  plutôt amical et commence à marcher à côté de moi. Lorsque je quitte le hameau pour m’engager dans une châtaigneraie, le chien est toujours avec moi et court même devant, comme pour me montrer le chemin. Je marche pendant 10 bonnes minutes et il ne me lâche pas d’une semelle ! Je trouve alors une clairière sur la droite du sentier et je décide de m’arrêter là pour la nuit. En quelques minutes, je monte ma tente et commence à faire chauffer de l’eau pour hydrater mon repas. Le chien, un peu trop amical à mon gout, commence à venir se frotter. Ce n’est pas que je n’aime pas les bêtes, mais il  sent vraiment mauvais. Alors que je tente de l’éloigner, je fais un geste brusque et je renverse mon réchaud, mon quart et mon eau. Ceci est très fâcheux, car comme je l’expliquais précédemment, mes réserves d’eau sont calculées au cl près. En une fraction de seconde, je viens donc de gaspiller un bidon d’eau. Comme j’ai faim, j’entame mon deuxième et dernier bidon en prenant soin de garder des réserves pour le petit déjeuner. Ce soir, j’ai des pâtes bolognaises au menu ! Le sachet est très bon et je pars me coucher bien rassasié. Alors que je ferme ma tente, j’entends le chien qui s’allonge et gesticule contre la toile. Décidément, c’est un vrai pot de colle. Pendant la nuit, je sors pour satisfaire une envie pressante et j’aperçois un magnifique renard un peu plus loin. Avec satisfaction, je constate que le chien est retourné chez ses maîtres. Je lève alors la tête pour contempler un ciel splendide.
Il fait frais et je suis en boxer, au milieu de nulle part. C’est peut-être le privilège des marcheurs solitaires ; pouvoir contempler un ciel étoilé en slip.

Pourquoi se contenter d'un hôtel 3 étoiles quand on peut les avoir toutes en même temps ?

Pourquoi se contenter d’un hôtel 3 étoiles quand on peut les avoir toutes en même temps ?

J1 :

35 km
1200 D+

Je me lève à 6h et il fait froid. Je revêts ma configuration « protection maximale » et je fais réchauffer mon petit déjeuner pendant que je plie la tente. Le muesli au chocolat s’avère être très bon, mais comme je n’ai pas beaucoup d’eau le lait ne se dilue pas bien et ressemble plutôt à de la danette. Rechargé en calories, je me mets en route sur le GR qui poursuit quelque temps dans la châtaigneraie. De grands filets sont installés au sol, vraisemblablement pour faciliter la récolte. Malheureusement, je n’ai pas trop de quoi préparer des châtaignes : dommage ! Le jour se lève peu à peu et le soleil pointe à l’horizon. Le ciel est splendide, et les couleurs d’automne donnent l’impression d’un immense brasier. Après avoir dépassé le hameau Bergognon et je longe la route un moment jusqu’à arriver à la ferme fortifiée de La Prade.

L'âne de la Prade

L’âne de la Prade

Malheureusement, je n’y trouve pas de fontaine et il est un peu tôt pour demander de l’eau chez l’habitant. J’espère pouvoir faire le plein rapidement sans avoir à traiter l’eau d’un ruisseau. Lorsque je quitte La Prade, une passante me salue et m’informe que la météo se dégradera dès demain. Étrange, ce n’était pas indiqué sur les prévisions que j’ai regardées hier. Et puis, l’on dit parfois que la pluie a été inventée pour que l’homme se sente heureux sous un toit.  Peut-être qu’à force de marcher sous la pluie, l’aventurier apprend à l’aimer ? Je grimpe tranquillement vers le col Bourbon (1091m) au rythme des détonations qui résonnent dans les massifs. En haut, je suis interpellé par un chasseur. Il est intrigué et je lui explique que je parcours le tour du Mont Lozère. Il me demande si je n’ai pas trop froid, je lui réponds que tout va bien et il me propose de me réchauffer en gouttant son eau de vie maison. Je refuse poliment avant de m’éloigner pour ne pas effrayer les pigeons qu’il guette depuis ce matin.

En montant au col Bourbon

En montant au col Bourbon

Le sentier plonge alors dans une cuvette où coule le petit ruisseau de Cubiérettes. Je le franchis avant d’arriver à Cubière. Cette fois, il y a suffisamment d’habitation pour parler de village et il y a même un café-poste. J’en profite pour entrer et demander de l’eau. À l’intérieur, plusieurs habitués boivent la première bière de la journée –il est 9h- et parlent chasse. On me remplit mes gourdes et l’on m’offre le café. J’apprends une anecdote intéressante : les gens du village font courir le bruit qu’un ours féroce rôde dans les bois afin que les plus peureux n’aillent pas cueillir les cèpes ! Astucieux !

En arrivant à Cubières

En arrivant à Cubières

Je repars ensuite sur le sentier qui serpente dans un bois aux couleurs dorées. Le paysage d’automne est vraiment splendide et je m’arrête de temps à autre pour faire des photos, car il faut bien que je rentabilise l’emport de cette surcharge électronique. Je croise un petit groupe de marcheurs venus du Royaume-Uni pour parcourir la Lozère. Ce sont les premiers randonneurs que je rencontre et je n’en verrai pas beaucoup d’autres avant l’arrivée.

Couleurs d'automne en Lozère

Couleurs d’automne en Lozère

Lorsque je gagne le col Santel (1 195m), j’oublie de vérifier mon itinéraire. Perdu dans mes pensées, je suis bêtement le balisage du GR et je file tout droit au Bleymard (1 068m). Le village se trouve dans une cuvette bordée du Mont Lozère (1 699m) et de la montagne du Goulet (1 497m). Ce village « montagnard » est typique de la Lozère et abrite la belle chapelle de Saint-Jean-du-Bleymard. Après une visite touristique des lieux, je constate avec colère que je viens de parcourir 2km de trop. En effet, j’ai prévu de faire une petite variante et de grimper au Mont Lozère par le Chemin de Stevenson puis de rejoindre ensuite le GR 68  en coupant par les crêtes. Je fais donc demi-tour, très agacé par mon erreur et je retourne poignée dans l’angle jusqu’au col. Je ne sais pas expliquer pourquoi, mais je suis vidé de toute énergie.  Pour palier ce problème, je sors une barre isostar de mon sac alors que je commence à monter vers le Mont Lozère. Les couleurs sont très belles et je profite du paysage. Je me sens vraiment seul et totalement immergé dans cette nature splendide.

GR 70, direction la station du Mont-Lozère

GR 70, direction la station du Mont-Lozère

En puisant dans mes réserves d’énergie, j’arrive à la station du Mont Lozère. On aperçoit très bien le sommet à l’horizon, et la pente douce qui y mène semble tout à fait praticable. Je trace donc tout droit, en gardant l’objectif en ligne de mire. Une fois au sommet, je constate avec surprise que le point culminant de la Lozère est en fait un vaste plateau. Ni pics, ni pierriers, ni falaises abruptes. Juste de l’herbe et quelques cairns.

Le sommet

Le sommet

J’installe alors mon réchaud à l’abri du vent et je commence à préparer mon repas.  Je profite aussi de cet arrêt pour m’allonger quelques minutes et me reconditionner. Il n’y a pas de bruit et je m’enivre toujours plus de cette solitude. Ce qui m’enivre moins par contre, c’est mon hachis lyophilisé que j’ai mal réhydraté. Il reste beaucoup de poudre et ce n’est pas très agréable. J’ai voulu économiser de l’eau pour faire du thé, je paye pour ma coquetterie. En guise de dessert je m’autorise une seconde barre isostar que j’accompagne de mon thé à la menthe.

Pause !

Pause !

Je me remets ensuite en route en prenant un cap plein ouest. Il n’y a plus de GR, mais il persiste une trace qui longe la ligne de crête, en passant par différents signaux, dont le signal des Laubies. Il y a quelques bosses qui viennent ajouter des mètres au compteur de dénivelé. Je finis par m’éloigner de toute trace pour naviguer quelque temps à la boussole.

Je quitte le GR

Je quitte le GR

Signal des Laubies

Signal des Laubies

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La crête

Je contourne un large enclot avant d’atteindre une large piste en contrebas : la route des chômeurs. En sens inverse, un couple de promeneurs m’interpelle pour que je leur indique le chemin. Je les remets sur les rails et nous repartons chacun dans des sens opposés. Il doit me rester 5 ou 6 km avant de rattraper le GR 68 et je sens que mon rythme diminue. Cela m’agace beaucoup, mais je garde à l’esprit que c’est la tête qui commande les jambes et non l’inverse. Le chemin que j’emprunte sillonne à travers un paysage changeant entre bois, pâtures et crêtes. Je me secoue un peu pour arriver à la Croix de Maître Vidal. D’après la carte, je devrais rejoindre le  GR dans 500m environ. Lorsque j’ y serai, je commencerai à chercher un bivouac. Quelques minutes plus tard, je suis de retour sur l’itinéraire balisé et je croise un petit groupe de marcheurs qui m’indiquent un beau point de vue, au Roc des Chiens Fous, situé à quelques dizaines de mètres du sentier. Je me dis qu’avec de la chance j’y trouverai un emplacement de bivouac. Lorsque j’arrive au roc je laisse mon sac tomber par terre, bien content de m’arrêter et je regarde autour de moi. La vue est superbe et l’on aperçoit l’étang asséché de Barradon. Je décide de m’installer ici pour la nuit, car l’endroit est parfait. L’herbe rase et moussue constituera un matelas naturel parfaitement confortable. Puisque je n’ai pas envie d’installer le bivouac de nuit, je m’en occupe dès à présent. De plus cela me permettra de faire sécher la tente et d’étendre le duvet. Je passe ensuite un long moment adossé dans la rocaille à contempler l’horizon.

Je profite de la vue

Je profite de la vue

Un vététiste finit par arriver et s’installe près de moi. Il vient très souvent en Lozère et nous passons un long moment à échanger nos expériences. « Explorer, cela signifie trouver des réponses et revenir les partager avec les autres.» Mike Horn, Vouloir toucher les étoiles.

Le soleil se couche sur la Lozère

Le soleil se couche sur la Lozère


Puisqu’il veut rester pour contempler le coucher de soleil, il repart à la nuit tombée. Pour moi, il est temps de préparer le repas. Je fais chauffer de l’eau et je regarde la fumée s’élever jusqu’au ciel étoilé .

Le réchaud Primus Express Stove

Le réchaud Primus Express Stove

Pendant que le sachet se réhydrate, j’effectue une toilette«  3 points clés » à la lingette et je reconditionne mon sac à dos pour le lendemain. Ce soir la nuit risque sera froide du fait de l’altitude et du ciel dégagé. Je bois un thé chaud avant de me glisser dans mon sac de couchage. Puisque mon appareil photo et mon téléphone portable n’ont plus de batterie, je les branche sur ma batterie externe pour la nuit et je m’endors dans un silence désormais familier.

Seul pour profiter du spectacle

Seul pour profiter du spectacle

J2 :

38km
1200 D+

Je me réveille à 6h après une nuit confortable. Mon duvet a bien rempli son rôle, je n’ai pas eu froid et c’est tant mieux. Je fais chauffer l’eau que je conserve pour le petit déjeuner depuis hier midi. Pendant ce temps, je replie ma tente. Le ciel est un peu nuageux et on ne distingue plus les étoiles. Mon muesli au chocolat avalé, je me mets en route vers la Croix des Faux (1258m).

Vers la croix des Faux

Vers la croix des Faux

Il fait encore nuit et je marche à la frontale sur une draille bordée de pins. Comme le jour se lève, je commence à avoir chaud et j’adapte ma tenue en conséquence. En remettant mon sac, j’arrache la tétine de mon Cameback et ne m’en rends pas compte. Lorsque je reprends la marche, je constate avec étonnement que ma cuisse est trempée. Je découvre alors l’incident et me mets à rechercher le morceau de plastique bleu fluo dans l’herbe touffue. Au bout de 10mn, je retrouve la tétine et l’incident est réglé. Heureusement, je n’ai pas perdu beaucoup d’eau.

Sur la draille

Sur la draille

Le Bramont

Le Bramont

Après avoir franchi à gué le ruisseau du Bramont, j’arrive dans un paysage ocre et désertique. Au bord du chemin, des pierres levées et des menhirs couchés qui font partie de l’alignement des Bondons.

La draille plonge dans la cuvette

Le GR plonge dans la cuvette

La draille plonge ensuite en direction du hameau des Combettes (991m) où je fais le plein d’eau. Comme je ne me ravitaillerai pas avant longtemps, je remplis tous les réservoirs.  Le village est pittoresque (four banal, vieille étable) et je me dis qu’y vivre doit être reposant. La draille s’éloigne ensuite vers le sud-est pour traverser la forêt domaniale des gorges du Tarn. Les couleurs sont encore une fois très belles et je passe de longues minutes à contempler les reliefs lisses et dorés. Le sentier pénètre ensuite dans une châtaigneraie et démarre une descente longue et sinueuse vers le Tarn qui coule plus bas. Je trouve cette portion monotone, mon sac est lourd et j’accélère encore un peu le pas pour arriver plus vite en bas.

En descendant vers Florac

En descendant vers Florac

Châtaigneraie

Châtaigneraie

En moi grandit une folle envie de châtaigne. En voir tant par terre sans pouvoir les déguster me frustre au plus haut point ! Lorsque j’arrive à Florac (546m), il est presque midi, mais je décide de ne pas m’arrêter. C’est certainement un endroit à visiter, chargé d’histoire et atypique. Je reviendrai, c’est promis ! Le sentier grimpe raide et me fais regretter mes réserves d’eau. J’ai faim. Cependant, je n’ai pas envie de m’arrêter en pleine montée et je me persuade de continuer jusqu’au col de Lempezou (891m). Une fois en haut, je continue quelques minutes en m’engouffrant dans un bois qui suit le versant nord de la Chaumette. Lorsque je trouve un coin qui me paraît suffisamment confortable, je m’arrête pour déjeuner.  Comme mes réserves me le permettent, je m’offre, en plus de mon sachet « lentilles-saucisse », le luxe d’un thé à la menthe. Je me repose quelques minutes avant de repartir vers le col de Perpeau (952m).

Vers le col de Perpeau

Vers le col de Perpeau

Sur ma route, je croise de très nombreux chasseurs et cela ne me rassure pas beaucoup. Un groupe d’une dizaine de quads me dépasse. Tous me font signe de la main et je réponds avec plaisir. Le ciel est toujours nuageux, mais heureusement, il ne pleut pas. La longue piste finit par me conduire au col du Sapet ( 1080m) et il est 17h. Je commence à être fatigué, mais je veux pousser plus loin et je mange une barre énergisante pour continuer à suivre le GR. Le sentier serpente dans une hêtraie jusqu’à une crête où se trouve une vieille cabane (La Baraque à Bonnal). Désaffectée, elle servait de refuge aux bergers. Puis, le chemin grimpe  jusqu’au Signal du Bougès (1421m) avant de serpenter, plus loin, dans une forêt de pins. Peu à peu, la lumière décline et je sens la nuit approcher. Pourtant, j’entends encore de nombreux coups de feu qui résonnent dans les massifs. Je finis par dépasser le col des Trois-Fayards et j’atteins la stèle commémorative de R.Stenn, créateur du Tour du Mont-Lozère. Tout comme le chemin de Stevenson, qui prend le nom de l’auteur de Voyage avec un âne dans les Cévennes. ou encore le tour du Mont Blanc, inspiré par Mont Blanc aux sept vallées., chef d’œuvre de Frison-Roche , le tour du Mont-Lozère est le fruit de l’amour d’un homme pour la montagne. LE GR 68 file ensuite à l’est jusqu’à atteindre le col de la Planette (1292m). Comme il fait nuit, je sors ma Petzl et je repars en direction du col du Bougès, à 2km de là.

Stèle commémorative à R.STENN

Stèle commémorative à R.STENN

Alors que je marche, un coup de feu retentit tout près de moi. Je me fige sur place et je me mets à crier «marcheur ! » aux idiots qui tirent la nuit. Qu’ils viennent m’expliquer comment ils peuvent être surs de leur environnement alors qu’on y voit comme au travers d’une pelle ! Après quelques minutes, les chasseurs apparaissent sur le GR. Nous échangeons quelques mots doux et nous poursuivons nos routes respectives. Quelques mètres plus tard, ma Petzl s’éteint. Mince ! J’ai fait preuve de négligence en oubliant de la recharger. Heureusement, j’ai ma batterie externe et je marche comme je peux dans le noir le temps de remettre un peu d’énergie dans ma frontale. Lorsque je la rallume, je commence à chercher une zone de bivouac. Malheureusement, trouver une zone dans ce bois très dense est compliqué et je ne veux pas trop m’éloigner de la piste. Je continue donc à marcher dans l’espoir de trouver quelque chose à mon goût.

A la recherche d'une zone de bivouac

A la recherche d’une zone de bivouac

Heureusement, vers 20h30, je gagne une petite clairière qui me convient parfaitement. Je me lance alors dans ce qui est désormais un rituel : je mets de l’eau à chauffer, je monte la tente et je me fais une toilette « 3 points clés » à la lingette. Comme je n’ai que peu d’eau, je ne fais pas de thé ce soir et je file me coucher de bonne heure, une fois mes pâtes bolognaises englouties. Pendant la nuit, je suis réveillé par une voiture qui passe au ralenti, plus loin sur la piste, mais qui ne s’arrête pas.

J3 :

35km
1010 D+

Ce matin il fait très froid et je m’habille chaudement pour démonter la tente. Ma montre indique 6h, mon portable 5h. Je l’avais oublié, mais nous avons changé d’heure cette nuit. Peu importe, il fera jour quand même ! Je me mets en route pour le Signal de Ventalon (1350m) que j’atteins à l’aube. Le ciel est très beau et je bricole comme je peux pour prendre une photo souvenir de ce paysage sublime.

Le soleil se lève sur le signal de Ventalon

Le soleil se lève sur le signal de Ventalon

Alors que je redescends vers le col de la Croix-de-Berthel, je m’arrête pour une une session toilettes natures. À ce propos, voici une méthode respectable que je vous invite à mettre en place : creusez un trou avec votre chaussure (inutile qu’il soit profond) ou mieux, utilisez un trou déjà présent sur le sol. Prenez la position de la chaise et musclez vos quadriceps ! Procédez ensuite à un décalage tactique en faisant quelques pas sur le côté et utilisez le papier toilette, que vous avez pris soin de ne pas oublier. Si la végétation le permet (il ne faut donc pas faire ça n’importe où) et que vous êtes certain de ne pas déclencher un incendie, brulez votre papier toilette. Cela évite de polluer bêtement, et surtout, des amas roses fluo dans la nature, ça fait vraiment tache. Puisque vous devez être certains que le feu est éteint, tapez les cendres du pied en les recouvrant d’un peu de terre. Si vous avez omis le décalage tactique, cette étape va vous réserver des surprises…

Résultat esthétique

Résultat esthétique

Je reprends ma route, toujours seul, sur la draille du Gévaudan qui passe dans le bois de Rouvières. Je passe successivement par le Plo de la Nassette ( 1151m) et  le Plo de l’Estrade (1233m) pour arriver au pont qui enjambe l’Alignon, à l’entrée du hameau de l’Aubaret. Le panorama est superbe et je m’efforce de lever la tête pour ne pas en manquer une miette.

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Pont de l’Aligon

Le ciel est magnifique

Le ciel est magnifique

Je passe à La Vialasse, minuscule hameau de … 1 habitant ! Enfin, je gagne Gourdouse avec ses 3 maisons abandonnées en vieille pierre et son minuscule cimetière.

En arrivant à Gourdouse. A l'horizon, le plateau paumatoire

En arrivant à Gourdouse. A l’horizon, le plateau paumatoire

Le cimetière de Gourdouse

Le cimetière de Gourdouse

Le GR longe ensuite le ruisseau de Gourdouse et je le franchis à gué dans un pâturage. À partir de cet instant, c’est le paumatoire, car le sentier est à peine visible. J’arrive sur un plateau envahi par une végétation dense. Suivre la trace devient compliqué, j’avance très lentement, je me trompe, je fais demi-tour et je commence à m’énerver.

Le ruisseau de Gourdouse

Le ruisseau de Gourdouse

Où est le GR ?

Où est le GR ?

Plus bas, un chasseur m’a conseillé de faire attention aux vipères sur le plateau. Je ne suis pas du tout expert en reptiles, mais comme l’explique très bien Mike Horn dans Latitude 0., les serpents terrestres n’attaquent l’homme que rarement (à l’exception de certaines espèces comme le cobra ou le mamba noir.. mais je serais surpris d’en croiser un ici). En effet, un marcheur produit des vibrations qui les font fuir. En revanche, les serpents vivants dans les arbres sont redoutables, car ils sont presque sourds et aveugles. Ainsi, ils ne s’enfuient pas, et lorsque vous allez pousser la branche sur laquelle ils se trouvent… bobo. Mais a priori, aucun serpent des forêts tropicales n’a émigré dans le parc national des Cévennes.
Quoi qu’il en soit et le risque 0 n’existant pas, des accidents arrivent régulièrement. Même s’il n’y a pas de solution miracle, il faut éviter autant que possible de marcher dans les herbes hautes, etc. Si vous vous faites mordre, sachez qu’il faut éviter d’aspirer le venin à la bouche, comme on le voit à la télévision. En effet, vous vous exposez au risque de voir le venin passer plus vite dans le sang via les muqueuses de la bouche. Dans le cas de la vipère, la morsure n’est pas trop dangereuse et le venin n’est pas systématiquement injecté. Aussi, très peu de personnes en décèdent. Pour conclure, mieux vaut ne rien faire, garder son calme et appeler des secours.
Pour ma part, je ne croise aucune vipère et je traverse ce plateau touffu sans me poser de questions. À force d’y croire, je sors de cet enfer vert et j’arrive à la ferme fortifiée des Bouzèdes (1288m).

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La ferme de Bouzèdes

Je continue ensuite de parcourir le GR qui descend à la ferme de Tourevès (800m). La vue sur la vallée de Villefort est très belle, et le sentier se faufile, en belvédère, à flanc de montagne. Un peu avant la ferme, je croise un ruisseau qui m’inspire confiance (pas de troupeau, gros débit…) et je remplis mes softflasks. Il me reste encore de l’eau dans le camelback, aussi, le ruisseau me permettra d’hydrater mon repas et de boire un thé. De manière générale, il vaut mieux se ravitailler dans une fontaine d’eau potable ou en demander poliment aux habitants que vous croisez sur votre route. En effet, purifier l’eau d’un ruisseau n’est jamais une science exacte. Dans l’eau, il y a trois types de menaces : les algues et gros morceaux, les virus et bactéries, les polluants chimiques. Pour la première, il suffit de filtrer l’eau avec un filtre à café, un mouchoir, un t-shirt ou bien de la faire décanter. Pour les virus et bactéries, plusieurs méthodes sont envisageables. La première, c’est d’utiliser des pastilles de purification d’eau. On les trouve en pharmacie et dans les magasins d’activités outdoor. Les pastilles fonctionnent très bien, mais l’arôme pédiluve n’est pas très agréable. De plus, il faut attendre entre 15 et 30min, selon le produit utilisé, avant de consommer. La seconde méthode est de porter l’eau à ébullition. Attention toutefois, l’eau ne se conserve pas longtemps dans ce cas. Aussi, mieux vaut la boire dans les deux jours. En effet, certaines spores survivent à la haute température et se transforment en bactérie lorsque l’eau est stockée. Pour être conservée, l’eau doit donc être portée à ébullition plusieurs fois en respectant des intervalles de temps précis. Les polluants chimiques représentent la menace la plus complexe. Ni le filtrage ni la désinfection ne font effet. Pour l’éviter, il faut donc choisir un ruisseau à distance des troupeaux, d’exploitations agricoles, ou de toute autre installation suspecte. En revanche, des filtres permettent de purifier l’eau de ce type de polluants. Ils sont très efficaces et peuvent transformer une  flaque  en Cristalline. Toutefois, ces équipements sont lourds et onéreux. C’est ce type d’équipement qu’a choisi Cheryl Strayed pour sa randonnée sur le PCT.

Un ruisseau trop pollué pour ravitailler

Un ruisseau avant Tourèves (pas celui où j’ai ravitaillé)

Je filtre donc mon eau et je la fais bouillir 2min avant d’hydrater mon repas. Je profite également de mes réserves pour boire un thé. Désormais, je suis très proche de l’arrivée et je suivrai désormais un cap nord jusqu’à Villefort. Contrairement à la première partie du parcours, je me rapproche désormais de mon objectif plutôt que de m’en éloigner. Mon repas englouti, je me remets en route pour parcourir les 15km qui me séparent de ma voiture. En marchant, je profite au maximum des couleurs, des reliefs et de toutes les choses qui rendent la Lozère extraordinaire.

Les massifs sont magnifiques

Les massifs sont magnifiques

Les massifs sont magnifiques

Les massifs sont magnifiques

Dans la forêt de Longuefeuille

Dans la forêt de Longuefeuille

De nombreux ruisseaux coulent au bord de la piste

De nombreux ruisseaux coulent au bord de la piste

La piste forestière de Valinières serpente dans le bois de Longuefeuille jusqu’au col de Rabusat (1 099m). Puis, le sentier devient étroit, bordé de genêts qui s’emmêlent dans ma tente et mon matelas de mousse.

Touffu !

Touffu !

C’est un peu agaçant, mais je finis par sortir de là pour arriver sur une crête dégagée. D’après ma carte, je ne suis qu’à quelques kilomètres de l’arrivée et je sais que je dois faire le plein d’image, car c’est certainement le dernier panorama que ce trek m’offrira. Je reste plusieurs minutes à contempler les montagnes, qui commencent presque à avoir des allures de massifs alpins.

Panorama

Panorama

Mais il est temps de repartir, et de filer jusqu’à l’arrivée. « Qui se nourrit d’attente risque de mourir de faim ».  La mort suspendue., Joe Simpson. Je profite de ces derniers instants, car je sais qu’en posant mon sac dans le coffre de ma voiture, toute l’effervescence s’évaporera d’un coup.

La crête est dégagée

La crête est dégagée

Je décide de couper à travers les bois pour rejoindre directement la gare de Villefort et ne pas avoir à traverser toute la ville. Je navigue donc à la boussole et j’atterris à 200m de la voiture.

Navigation dans la forêt

Navigation dans la forêt

Très heureux de mon aventure, je prends la route pour quitter ces lieux magnifiques. Mais tout va bien, je me console en me disant que dans quelques semaines, je serai dans les Alpes pour de nouvelles expériences ! Comme le dit si bien M.H « Tant qu’on vit, il y a toujours d’autres questions, d’autres raisons d’aller plus loin… »

Les paysages dorés m'accompagnent encore sur le retour

Les paysages dorés m’accompagnent encore sur le retour

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Une réflexion sur “Carnet de route du Tour du Mont-Lozère

  1. Superbe récit, parsemé de magnifiques photos et d’agréables références littéraires! Quelle jolie prose, merci pour ce moment intense. Vivement le prochain récit! Qu’as-tu en tête désormais? Sylvain

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