Raid Blanc en Queyras

À Charles, emporté dans une avalanche lors d’une course à travers les Dômes de Miage, le 24 décembre 2014.

À Arnaud, mort en service à Albacete le 28 janvier 2015.

À Michel, mort en service à Cotonou le 16 février 2015.

Cela faisait plusieurs mois que j’attendais de pouvoir repartir en montagne. Initialement, j’avais prévu de faire un raid sportif en ski de randonnée. Malheureusement  une blessure à la jambe survenue à l’entrainement m’a contraint à changer mes plans.
Néanmoins bien décidé à me monter sur les sommets cet hiver, j’ai trouvé une solution de secours, compatible avec ma « convalescence » : la raquette ! Je n’avais jamais pratiqué cette discipline et j’avoue que je regardais cela avec un oeil moqueur. En effet, on voit souvent les raquettistes faire le tour de l’église de la station avec leurs « moutain boots » bourrées dans les fixations de la raquette. Mais bon, sur ce coup, je n’avais vraiment pas d’autres choix: c’était ça ou pas de montagne. Glups !
J’ai donc commencé à me renseigner. Heureusement, j’ai découvert que je n’étais qu’un imbécile avec plein de préjugés sur cette discipline. En fouillant bien sur internet on trouve des stages/raid à tous niveaux et de toutes durées ! Ainsi, j’ai fini par m’inscrire pour une traversée du Queyras en 5 jours. Le programme annonçait des marches de plus de 6h sur sentier non tracé, avec plus de 1000m de dénivelé positif par jour sur des distances pouvant passer les 20km. Certes, on est bien en dessous des performances envisageables en ski de rando, mais en raquettes ce n’est pas si simple… J’y reviendrai.
Durant les jours ayant précédé mon départ, le Queyras avait été littéralement enseveli sous la neige. Météo France prévoyait des chutes d’environ 1m80 et le risque d’avalanche ne descendait quasiment pas en dessous de 4/5. D’ailleurs, elles faisaient déjà de nombreuses victimes dans la région. Je me suis dit  » Coco, va falloir être prudent ! ». Cette traversée allait être pour moi l’occasion d’emporter (et non pas de tester, je vous vois venir) un sac airbag offert par mes proches. Pour ceux qui ne connaissent pas, il  s’agit d’un sac à dos emportant un airbag pouvant être gonflé par une réserve d’azote lorsque la poignée de déclenchement est actionnée. Le but est de maintenir le porteur à la surface de la neige lors d’une avalanche. Ce système a largement fait ses preuves et constitue un outil de sécurité supplémentaire à emporter en plus du trio indispensable « DVA, Pelle, Sonde ».

Le parcours

Le parcours

Avertissement: Cet article est un journal de marche non un guide officiel de randonnée. En conséquence, vous restez les seuls responsables de votre itinéraire et de vos choix. Ne vous mettez pas en danger, ne vous surestimez pas, vérifiez la météo et préparez vos étapes à l’aide de documents adaptés (Cartes IGN et topoguides à jour).

J0: Le voyage jusqu’aux Alpes

Me voici à Paris, gare d’Austerlitz sac sur le dos. Comme d’hab’ en attendant mon train je revois mentalement ma liste de matériel: c’est bon, j’ai tout ! Nous sommes samedi soir et je suis attendu demain à 8h30 en gare de Montdauphin pour un départ immédiat du raid. Je vais donc voyager en train couchette. Personnellement, je suis du genre à pouvoir dormir n’importe où du moment que je m’allonge sur quelque chose qui ressemble de près ou de loin à un lit. Dans la chambre nous sommes 6 et les 5 autres partent pour une semaine de ski alpin à Serre Chevalier. La nuit se passe très bien (malgré l’enfant qui s’est réveillé pour pleurer, petit farceur !) et j’arrive vers 8h à Montdauphin.

Train couchette

Train couchette

J1: Montbardon- sommet Bucher- Saint-Véran

Je retrouve le groupe à 8h30 sur le parking de la gare, comme convenu. Sans attendre, nous percevons le matériel: DVA, pelle, sonde et bien évidemment une paire de bâtons et de raquettes. Les membres du groupe sont tous sportifs, ce qui est bon signe. Rodolphe semble même être coureur de trail (mais en fait non, il pratique le VTT à haut niveau ce qui ramone pas mal non plus). Par contre, je suis le seul à n’avoir jamais fait de raquettes, alors je regarde ce « machin » en essayant de comprendre comment ça se règle. On m’explique qu’il faut faire ci et ça, qu’il y a un pied gauche et un pied droit. Ça, je ne m’y suis jamais fait: ces trucs sont parfaitement symétriques, bon sang !
D’un autre côté, certains n’ont jamais utilisé le DVA ce qui vaut bien un match nul: « De toute façon tu l’allumes et il te guide tout seul vers la victime ? » Hé hé hé… Impeccable…bref !
Nous faisons donc un petit topo sur la recherche en croix avant d’embarquer pour un transfert vers le point de départ.
Après 30min de route, nous voici en bas d’une jolie pente, glacée bien comme il faut. Le chauffeur essaye une fois, deux fois… Cinq fois, rien à faire: ça ne monte pas. Nous descendons tous pour pousser et… C’est bon, ça grimpe ! Par contre adieu la paire de chaines. Sur la route, ça fait des étincelles et la roue ressemble un peu à une disqueuse. Péniblement, nous arrivons donc à Montbardon où nous nous préparons au départ. Évidemment, je mets mes raquettes à l’envers (première fois d’une longue série) et j’arme l’airbag: à présent, il s’agit de faire un peu attention, car je n’ai aucune envie de me retrouver avec un ballon de 170 litres au-dessus de la tête en plein refuge.
Nous attaquons notre ascension vers les Chalets de Fontantie. La météo qui était très belle devient désormais dégueulasse (appelons un chat un chat). Il neige, il y a du vent et l’on y voit comme à travers une pelle. Décidément, j’ai le chic pour démarrer avec de mauvaises conditions (cf: le TMB). La montée se fait par la forêt et les traces de précédents randonneurs sont déjà recouvertes par un épais manteau poudreux.

Montée vers les châlets

Montée vers les chalets

Roulement de tambour: je découvre que la raquette, ça peut piquer. Le pied s’enfonce beaucoup plus qu’ en ski de rando et faire la trace est beaucoup plus difficile. L’exercice me rappelle un peu la natation: les mauvais nageurs, comme moi, perdent beaucoup d’énergie pour rien. Dans l’eau, on peut mouliner avec les bras à toute vitesse et faire du surplace. Tracer avec de la neige jusqu’aux genoux rappelle bien cette sensation: on se crame, on ramone bien ses poumons et l’on n’avance pas. Avec Rodolphe et le guide, nous nous relayons afin de tracer jusqu’aux chalets où nous piqueniquons.

Pas si simple !

Pas si simple !

La météo ne s’est pas arrangée et semble même être pire. Comme il fait plutôt froid, nous ne nous attardons pas et nous repartons vers le col des Prés-de- Frommage (2146m). Pour y arriver, il faut traverser des couloirs d’avalanche. Évidemment, ce n’est pas le top et nous devons donc nous espacer de 20m afin de minimiser les risques. Quand tu sautes en parachute, tu vérifies que tes mains connaissent le chemin pour libérer ta voile de secours. De même, quand tu coupes un couloir, tu vérifies que tu sais où est la poignée de l’airbag ! Heureusement, la manip se passe très bien et nous arrivons sans encombre au col. Nous attaquons ensuite la montée vers le sommet Bucher (2300m). Pour y arriver, on trace droit dans la pente, poudreuse aux genoux: là c’est challenge ! Une fois en haut, nous avons un léger problème: nous sommes montés sur le sommet voisin.

Oups : c'était en face !

Oups : c’était en face !

Tant pis, on aura un petit un bonus de dénivelé. Nous redescendons et nous attaquons cette fois la montée pour le (bon) sommet. Ouf ! Nous finissons par y arriver. Ne pouvant pas profiter du superbe panorama à 360 ° nous redescendons rapidement en direction des hameaux de Molines. J’avoue que je ne prends pas beaucoup de plaisir à la descente: la raquette impose de progresser lentement et l’on se retrouve vite par terre quand le manteau s’épaissit et que la pente se raidit. Nous finissons par arriver dans la vallée, à Molines. Le groupe décide de prendre une navette pour rallier Saint-Véran, car il est déjà tard et que la marche en vallée n’est pas très intéressante. Cependant, nous décidons avec Rodolphe de terminer à pied. Saint-Véran étant situé un peu plus en altitude (c’est quand même la commune la plus haute d’Europe !) nous avons même le droit à une dernière côte bonus. Nous arrivons un peu tard au refuge puisqu’il est déjà 18h30 et qu’il fait nuit. Le refuge « Coste Belle » est superbe: très confortable et très accueillant. Après une douche et un reconditionnement, nous partageons un repas copieux avant d’aller nous coucher.

J2: Journée blanche

Ayant regardé la météo la veille, je le savais d’avance: le pic de château Renard (3000m les bras levés) programmé ce jour n’allait pas être possible. Dans la nuit, il est tombé une grande quantité de neige et il continue de neiger aujourd’hui. Ainsi, en plus d’une faible visibilité, le manteau neigeux est très instable. Nous partons tout de même dans la vallée de la blanche afin d’aviser au fur et à mesure. Nous arrivons à une chapelle et décidons de continuer jusqu’au refuge de La Blanche. La météo est vraiment mauvaise. On n’y voit rien, on a souvent la neige au genou et évidemment, le vent se lève.

Un peu physique

Un peu physique

Comme hier, nous traversons des endroits un peu « chaud », mais la prudence du guide nous permet de le faire en toute sécurité. Nous croisons pas mal de skieurs qui comme nous, ont dû renoncer au pic en raison du risque d’avalanche. Nous finissons par arriver au refuge de La Blanche à l’heure du déjeuner. Le gardien nous le confirme: aujourd’hui ce n’est pas bon. Il ne faut pas aller plus loin et il nous conseille vivement de rebrousser chemin. Dans ces conditions nous prenons le temps de manger à l’abri et nous en profitons pour faire connaissance. Pour le retour, c’est la même chose, mais dans l’autre sens, jusqu’aux hameaux de Molines où nous étions passés la veille.

Le ciel se dégage en soirée

Le ciel se dégage en soirée

Ce soir, nous arrivons encore un peu tard (nous avons peut être fait connaissance un eu trop longtemps) à notre refuge, « Les Arolles ». Encore une fois, l’endroit est très sympa, propre et confortable. Le repas est copieux et nous en profitons. Ce soir-là malheureusement, j’apprends le décès en service d’un ami et je passe une nuit de mer*e.

J3: Pic de la Gardiole de l’Alp

Nous partons du refuge vers 8h et débutons notre ascension. Ce matin, je suis dans le cirage et j’ai un peu le moral dans les pompes. D’ailleurs je commence à marcher avec les raquettes  » l’envers » (je ne m’en étais pas rendu compte, ce qui prouve que ça ne change rien !). Mais la météo est splendide, le ciel est « Bleu Queyras » et nous pouvons enfin profiter du paysage. Pendant l’ascension, je me répète que les montagnes sont vraiment les plus beaux endroits de la terre. Aujourd’hui encore le risque d’avalanche est élevé. Mais nous pouvons monter par la forêt et la trace est déjà faite. De plus, même s’il y a du dénivelé, la pente n’est jamais très raide. Le guide nous explique alors que c’est le sommet à faire en cas de mauvaises conditions…Bref, nous sommes en sécurité.

C'est une vraie autoroute !

C’est une vraie autoroute !

Nous finissons tout de même par sortir des arbres pour rallier de grands champs de poudre. Ça y est, il faut faire la trace ! Cette fois, je ne suis plus surpris et je sais que ça va piquer de monter en tête: tant mieux. La fin de l’ascension se fait par une crête toute soufflée (bien plus simple de marcher !) et la vue au sommet  (2800m) est splendide. S’offre un nous un vrai panorama à 360° sur les massifs du Queyras depuis les crêtes du Mourre-Froid. J’essaye de graver au mieux ces images dans mon esprit car je sais qu’elles me permettront de patienter jusqu’à mes prochaines sorties en montagne.

Au sommet

Au sommet

Puisqu’il fait très beau, nous en profitons pour manger au sommet avant de redescendre en direction de Pras-Bas. La descente en raquette ce n’est vraiment pas mon truc. D’ailleurs, je finis par en casser une: bien fait vilaine. Arrivé au hameau de Pras-Bas, le groupe se divise en deux. Rodolphe, Éric et moi décidons de continuer jusqu’à Ville-Vieille tandis que les autres préfèrent attendre une navette. Durant notre cheminement vers Ville-Vielle nous croisons notre chauffeur « Je vous récupère dans 30mn ». Message reçu: il ne faut pas glander. Nous prenons donc un bon rythme. Pour ma part, je suis en queue de peloton, car je marche désormais sans raquettes. Effectivement, en chaussures, on s’enfonce: impeccable !

La descente

Mais nous arrivons finalement dans les temps au lieu de rendez-vous. La navette nous conduit vers Ristolas où nous devons passer la nuit. En chemin, nous nous arrêtons pour acheter quelques produits locaux (saucisson de montagne, tourtons…). Encore une fois, le refuge est très bien et le repas copieux.

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Il fait beau, c’est parfait !

J4: Crête de la Gardiole
Nous partons du hameau de « Le Roux » vers 8h. Comme d’habitude (non ce n’est pas une blague), je pars avec mes raquettes à l’envers. La montée se passe bien, dans la forêt. Comme c’est un sommet classique, nous avons le luxe de suivre une trace. Là c’est confort.

Nous avalons le dénivelé et nous en profitons pour discuter un peu jusqu’à ce que la trace s’arrête ! Les choses sérieuses commencent. On se retrouve avec de la neige jusqu’au cou et il faut tracer. Comme ça tire sur la bouche on se relaye avec Rodolphe. Mes jambes ne sont même pas assez grandes pour sortir le pied de la neige à chaque pas et je n’ai pas l’air malin. The show must go on: nous arrivons en haut sur la crête de la Gardiole (2700m). L’ambiance est grisante, la crête et très aérienne et marcher dessus donne un l’impression de voler. De là, on voit tout: le Viso, le Glaiza, le Bric Froid…Il faut juste faire attention de ne pas tomber dans la pente, car là, c’est la catastrophe assurée.

En haut

En haut

Vue sur la crête

Vue sur la crête

Comme il fait très beau, nous mangeons au sommet avant de prendre le chemin de la descente. Nous repérons une crête qui semble mener au hameau de « Le Roux ». La carte le confirme: c’est parti. Je ne sais pas expliquer pourquoi, mais évoluer sur une crête c’est vraiment top. C’est bien la première descente que j’apprécie.

Début du retour

Début du retour

Lorsque nous arrivons dans la vallée, nous décidons de marcher encore un peu en grimpant sur le versant d’en face vers une chapelle. La manip se passe bien jusqu’à la traversée d’un ruisseau : avec la neige la passerelle semble large: échec ! Heureusement je ne me fais pas mal et je ne suis pas trop mouillé.

Tombé dans le ruisseau !

Tombé dans le ruisseau !

Nous poursuivons donc notre ascension et nous prenons une pause à la chapelle. Nous discutons de montagne et échangeons nos expériences et idées pour de futurs treks, sommets…
Enfin, nous regagnons Le Cassu, notre refuge à « Le Roux ». Depuis la salle à manger, nous observons des chamois à la jumelle. Après un bon repas, nous filons nous coucher.

J5: Petite journée

Aujourd’hui le programme sera court. Nous n’avons pas le temps de faire un sommet, car certains ont réservé des billets à 15h au départ de la gare de Montdauphin.
Nous gagnons donc Val Preveyre puis continuons à monter sur le flanc de la montagne d’Urine. Évidemment, nous n’avons pas le temps d’y parvenir.

Photo de la vallée/montagne d'urine (depuis la crête de la Gardiole)

Photo de la vallée/montagne d’urine (depuis la crête de la Gardiole)

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Croix dans la montagne

Nous faisons donc demi-tour un peu plus loin (entre-temps nous traversons quelques couloirs)  en redescendons par le versant opposé. J’ai vraiment senti les limites de la raquette: en dévers sur de la neige dur, c’est vraiment le cirque. Nous mangeons un peu plus loin avant de regagner  » Le Roux ». Là, nous prenons une douche à la lingette puis attrapons notre navette pour la gare de Montdauphin. Quelques heures plus tard, me voici  à Paris, la tête remplie d’images de sommets et de montagne. Vivement la prochaine !

Ce raid en Queyras m’a beaucoup plu. Contrairement à ce que je pensais, la raquette peut vraiment s’avérer très physique. Malheureusement, les conditions météo nous ont un peu contraints à modifier notre programme au jour le jour… Mais au bout du compte, c’est la montagne qui commande. Pour la prochaine fois, je pense quand même partir en ski de randonnée. En effet, cela permet d’effectuer plus de dénivelé, de passer dans de la pente plus raide et surtout, c’est du plaisir à la montée comme à la descente.

Je vous souhaite de belles aventures en montagne. Faites attention à vous et à bientôt !

                                                                                                                                                                           Aurel

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